23/09/2013

La peine de mort : nouvel arsenal des extrêmes ?

Pour un premier blog sur 24heures (après une belle période genevoise sur les blogs de la TDG), signant mon retour en Pays de Vaud, j'aurais bien sûr voulu pouvoir choisir sujet plus réjouissant que celui-ci. Mais devant la véritable effervescence qui a secoué notre région suite notamment au meurtre d'Adeline - avec des appels clairs en faveur du retour de la peine capitale en Suisse (ici l'UDC Jean-Luc Addor et les jeunes UDC qui réfléchissent à une initiative fédérale pour rétablir la peine de mort), je crois qu'il ne suffit pas de répondre avec de l'humour, comme l'a fort bien fait 120 secondes, mais il faut aussi prendre toute la mesure de ces revendications de l'extrême droite, qui rejoignent et utilisent une grande partie des émotions de la population: exemple, la page facebook du jeune UDC genevois Xavier Schwitzguebel, dont je tairai le nom et le titre pour ne pas lui en faire encore la promotion, dépasse les 20'000 "like" en quelques semaines : qui dans ses ami-e-s facebook, peut en effet se targuer de n'avoir aucun-e ami-e ayant aimé cette page ??. Mais n'est-ce pas là tout l'objectif de partis tels que l'UDC ou à Genève, le MCG, de profiter de la grande émotivité d'une population bien préparée notamment par les médias de masse pour tomber dans le panneau des solutions faciles ? C'est pourquoi en quelques paragraphes, je crois indispensable de rétablir, autant avec mon cœur qu'avec ma raison, quelques rapides clés de réflexion sur un sujet aussi important pour l'avenir éthique de notre pays :

Répondre à un acte haineux inexplicable et inhumain par un acte tout aussi haineux et inhumain, puisque résultant de la loi du talion, donc bassement vengeur : c'est sombrer aussi bas que les malfrats ayant commis des crimes odieux. Est-ce que c'est ce que vous désirez, tenant-e-s de la peine de mort, est-ce que vraiment vous souhaitez que notre société décide de tomber aussi bas en acceptant d'enlever la vie d'autrui par simple vengeance ?

On explique pourtant toutes et tous à nos enfants que ce n'est pas parce qu'on a été tapé que c'est en rendant un coup qu'on résoudra les choses, mais quand votre enfant va vous demander pourquoi on assassine quelqu'un et que vous répondrez : 'parce qu'il a assassiné lui-même quelqu'un', ne croyez-vous pas que vous aurez l'air quelque peu, comment dire, inconséquent-e ?!

Si un-e de mes proche devait subir les foudres d'un tel meurtrier, je peux le dire sans crainte : je n'exigerais pas la loi du talion mais un procès et une peine - et surtout je devrais me mettre sur le chemin du pardon ou tout au moins de l'acceptation - même si cela relève de l'acceptation de l'inacceptable.

Mais si un homme a franchi la frontière de cet inacceptable et a tué en conscience un semblable - qui suis-je pour, à mon tour, franchir cette frontière de l'inacceptable ? !

Avec tout le poids légal de la société qui me le permettrait (comme c'est le cas dans bien trop d'endroits encore dans le monde), est-ce que je n'en serais pas moins coupable ?! Au contraire je deviendrais tout aussi assassin et mon acte me ferait devenir tout autant inhumain que l'acte commis par le pire des malfrats. Ce serait même pire puisque je me cacherais derrière une soi-disant loi m'y autorisant. Pire car je croirais être dans mon bon droit. Pire parce que je me venge socialement contre un individu seul. Pire parce que je perds toute humanité pendant que le malfrat lui n'existe plus. Pire parce que c'est moi qui doit vivre désormais en conscience avec cet acte et essayer de me regarder dans la glace chaque matin avec le poids de cet assassinat.

'Oeil pour œil finira par rendre le monde aveugle' Gandhi

A méditer avant de sombrer dans le vague sécuritaire et électorale surfant sur les faits divers pour alimenter les thèses de la droite la plus nauséabonde qui soit.

Et ne pas oublier de "liker" la page "Pour une Suisse sans peine de mort!"

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Commentaires

Monsieur Cart,

Bienvenue sur ce site et sa rubrique "politique".

Un nouveau "non alligné" sur ce site ne peut être que bénéfique!
J'espère que vous n'avez pas quitté les Verts genevois pour vous fourvoyer chez les voisins vaudois!
Si vous deviez l'avoir fait, je vous souhaite bien du plaisir!... C'est comme à Genève... En pire!
Ou même Empire... C'est même la chute de l'Empire Brélazoïque et de sa Muse Marie-Ange. Les "peoples" de l'Illustré illustrent parfaitment ce qu'est devenu la politique.

JCB, BK, allias Père Siffleur

PS: Pour le contenu de ce premier billet je suis d'accord. Mais il reste à analyser lepourquoi de ce retour de flamme. Les politiques dits de gauche n'en portent-ils pas une certaine responsabilité?

Écrit par : Baptiste Kapp | 24/09/2013

Globalement d'accord avec vous. Ceci dit, ça fait longtemps que je n'enseigne plus à mes enfants de ne pas répondre lorsque l'on a été frappé. Cette posture, malheureusement dépassée, pouvait se comprendre quand chacun était plus ou moins élevé selon les mêmes principes. Actuellement, dans les villes en tout cas, le seul moyen de ne pas se laisser emmerder est de répondre, voire d'en rajouter afin de se préserver d'une certaine frange fréquentant nos écoles. Il y a aussi le moyen, beaucoup plus lâche et jamais avoué, qui est de fuir à la campagne avec armes et bagages, et surtout ses enfants, afin de pouvoir continuer à étaler ses principes sans se voir infirmé par la réalité...ou de placer ses enfants en école privée... Mais ce n'est bien évidemment pas pour ça que vous avez quitté Genève j'imagine !

Écrit par : Lenoir | 24/09/2013

La peine de mort - crime d'Etat de sang froid et prémédité -, c'est la négation de la civilisation; il n'y a rien à dire de plus.
Même chez les extrêmes dites "nauséabondes" elle ne fait de loin pas l'unanimité. Gilbert Collard, apparenté FN y est farouchement opposé par exemple.

«œil pour œil, dent pour dent» ou répondre à la violence par la violence: ce n'est pas pareil, cela dépend des circonstances. Si un individu abattait mon gosse devant moi, c'est sûr qu'"équipé en conséquence", je n'attendrais pas la police et le juge pour lui régler son compte. Ceci procède du même esprit que le principe d'acceptation d'une armée défensive.

Libre à chacun d'être objecteur de conscience ou non.

Écrit par : petard | 25/09/2013

je suis reconnaissante pour votre texte. Il y a quelque temps, j'ai écouté Infra rouge au sujet du crime d'un récidiviste. Et de la responsabilité des autorités politiques. Lorsque j'ai entendu la remarque de l'intervenant disant que l'homme exécuté ne pourra "récidiver", donc que la peine de mort est la solution! Je croyais avoir mal compris! On a poliment souri. Il ne s'exprimait au nom de l'UDC, malheureusement, il est, si j'ai bien compris, membre de l'UDC. Dommage.
merci
claire-marie

Écrit par : cmj | 26/09/2013

Je n'ai jamais voté UDC. Ce qui ne m'empêche pas d'être pour la peine de mort.

C'est tellement mignon de devoir "se mettre sur le chemin du pardon ou tout au moins de l'acceptation". Mais c'est de l'utopie car si c'était vos enfants qui devaient être les victimes, pourriez-vous réellement pardonner ? Egalement à ceux qui auraient pris la décision de laisser sortir un criminel. Moi, je n'y arriverais pas.

Les criminels agissent en connaissance de cause. Ils n'ont aucune excuse à faire valoir (cela m'est aussi arrivé d'avoir des pulsions - et je ne suis pas le seul - mais je n'y ai jamais cédé). La peine de mort est la seule solution pour avoir la certitude qu'il n'y aura pas de récidive.

Mais si vous êtes contre la peine de mort, qu'avez-vous à proposer pour être sûr et certain qu'un psychopathe ne récidivera jamais ? Parce que, désolé, mais je crois pas un instant qu'un criminel, même condamné à l'internement à vie, ne sortira plus jamais de prison. Dans 10, 15, 20 ans, on trouvera bien un juge, un psy, qui viendra nous dire qu'il a changé, qu'il n'est plus une menace pour la société, .... avant de s'excuser platement pour l'avoir laissé sortir.

Le risque zéro n'existe pas, on est bien d'accord, mais le devoir de la société, c'est de penser au bien-être de ses citoyens avant de penser au bien-être de ses criminels.

Écrit par : Pascal | 26/09/2013

Je suis UDC mais contre la peine de mort! Je ne peux pas envisager de donner sciemment la mort à quelqu'un à qui on reproche justement de l'avoir fait!
Pourtant je m'interroge, car il est inadmissible de savoir aujourd'hui que des criminels sont libres de leurs temps 6h. par mois, et qu'un de ceux là peut être assis à mes côtés ou ceux de n'importe qui, sans que nous le sachions. Alors je me dis, si un criminel s'octroie le droit de donner la mort, n'a-t-on pas à notre tour le droit de le faire puisque ce criminel est dangereux et peut recommencer facilement! En étant sanctionner par la même sanction qu'il s'est autorisé à donner, la société est et serait protégée.

Écrit par : Corélande | 26/09/2013

Ce crime est horrible. Le criminel est inhumain. Est-ce une raison pour promouvoir (à cette occasion la peine de mort? Mais "qui suis-je pour, à mon tour, franchir cette frontière de l'inacceptable ?" comme l'a fait le récidiviste?
Durant quelques années j'ai correspondu avec des condamnés à mort et qui furent exécutés à Houston, Texas, USA. Le 14 septembre, Gino Camacho fut exécuté. En présence de sa famille. J'ai correspondu avec lui, avec sa famille, avec sa grand-mère.
Helen Préjean « Je comprends que les gens veuillent se sentir en sécurité, mais la peine capitale n’a aucun effet sur la criminalité et la récidive." Soeur Helen Préjean a écrit son expérience du contexte. (qu'on trouve sous Google)
Elle a en même temps cherché et trouvé les parents et amis des victimes , elle ressent - marginalement comme moi - ce qu'eux-mêmes ressentent: leur désespoir, colère, désir de vengeance... et nous apprenons que ce n'est pas la vengeance ni l’exécution du criminel qui va nous guérir de cette douleur.

Écrit par : cmj | 26/09/2013

Comme je l'ai écrit plus haut, la peine de mort (meurtre prémédité de sang froid, dispensé par un Etat), c'est la négation de la civilisation. Le geste est même plus grotesque que celui d'un assassin ordinaire, puisque raisonné en toute quiétude par une brochette d'hommes de lois, et exécuté par un ou des "fonctionnaires" (assurément syndiqués). Quelle horreur, c'est épouvantable !

Ça peut paraître paradoxal, mais j'aurais en revanche une certaine empathie pour des "Harry Callahan" qui sans trop s'encombrer de réflexions philosophiques procèdent à des nettoyages de circonstance. Ce procédé s'apparente davantage à la chasse qu'à l'abattoir. C'est bien plus noble.

Écrit par : petard | 26/09/2013

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