04/10/2013

Un revenu de base pour chacun-e, une dignité pour tou-te-s !

En ce jour, des citoyen-ne-s de différents horizons (des partis politiques jusqu'au milieux anthroposophiques en passant par des entrepreneurs et de simples militant-e-s) ont déposé à Berne l'initiative populaire fédérale "Pour un revenu de base pour toutes et tous", réunissant en un peu plus d'une année pas moins de 126'000 signatures.

La Suisse sera le premier peuple à se positionner sur l’instauration d’un revenu inconditionnel.

Pourtant, l'idée n'est pas nouvelle. En Suisse il y a eu ces dernières années des tentatives parlementaires d’instauration de ce revenu, notamment celle de Joseph Zisyadis : l’Union patronale suisse, en mai 2011, se réjouissait déjà de voir que la Commission du Conseil national ait refusé d'entrer en matière (aujourd'hui, c'est économiesuisse qui s'oppose à l'initiative populaire fédérale, mais nous y reviendront).

4919275.image.jpegL’initiative européenne, elle a été lancée en janvier 2013 et doit récolter 1 million de signatures. Si tel est le cas, la Commission Européenne adoptera une réponse formelle précisant quelles actions elle aura l’intention de mener, ou non, et ses raisons.

Ailleurs dans le monde, en Alaska, un revenu citoyen existe depuis 1976, il est financé par l'exploitation des ressources naturelles. Au Brésil, le gouvernement Lula a voté une loi qui prévoit d'étendre progressivement l'application du programme Bolsa Família (créé en 2003) jusqu'à instauration complète d'une allocation universelle. D’autres expérimentations en eu lieu notamment en Namibie, par exemple, où, sous forme de projet pilote indépendant de l’Etat, les habitants d’un village déshérité se sont vus attribués chaque mois l’équivalent de 10 euros. Le résultat fut très positif, permettant à cette région rurale de se développer, créant des marchés locaux et permettant aux gens d’être autosuffisants, comme l’explique l’article du Courrier International. Mais c’est l’Iran qui fut le premier à l’instaurer à l’échelle d’un pays : en 2010, Ahmadinejad a présenté son plan de remplacement des subventions sur l’énergie et l’alimentation par une subvention en espèces directe aux citoyen-ne-s, plus juste et plus efficace. 

En Suisse, demandons-nous à qui concrètement ce revenu va profiter ? Avant tout, aux personnes travaillant sans rémunération (famille, bénévolat, associations, formation). Une étude de l’Institut de l’ONU pour le développement social indique que le volume du travail non rémunéré lié à l’éducation des enfants, le travail ménager et les soins aux adultes représentait en 2004, 8’500 millions d’heures, celui du travail rémunéré 7’000 millions. Le travail non rémunéré dépasse de 20% le travail rémunéré - sans compter toutes les activités liées au bénévolat. Les femmes profiteront donc en priorité de ce revenu, elles qui continuent d’accomplir dans l’ombre la majorité de ce travail indispensable à la création de valeur.


Ce revenu bénéficiera aux personnes invalides, ne peuvant reprendre une petite activité au risque de perdre leur rente, ce qui sera possible désormais. Les personnes touchant l’aide sociale, elles, ne seront plus stigmatisées mais reconnues à part entière. Les employé-e-s pourront gérer à leur avantage la négociation de leurs conditions de travail, refusant un emploi précaire ou ennuyeux.

2185.jpgDès lors, les maladies du travail, fléau social, diminueront, comme les coûts de la santé. Les emplois dangereux, physiquement difficiles, verront leurs conditions s’améliorer sans quoi personne ne voudra les faire.

Ce revenu garanti permettra, enfin, à un plus grand nombre de personnes de développer des PME et autres coopératives, en faisant vivre l’économie locale, car un socle de sécurité existera afin de pallier aux risques de telles entreprises.

Enfin, il profitera à toutes et tous : en ces temps de crises durables, qui peut être certain de ne pas se retrouver sur le carreau ? Non seulement nous avons l’assurance de ne plus être à la rue, mais encore de pouvoir choisir un travail qui nous émancipe, sans plus devoir accepter n’importe quoi pour subvenir à nos besoins.

Néanmoins, beaucoup de personnes pensent que l'instauration de revenu est autant utopique qu'antiéconomique. débat-tdg.JPGOr c'est bien le système actuel basé sur le plein emploi qui est devenu une utopie. Nos sociétés ne peuvent plus croître à l’infini, il serait temps de le comprendre, et de se rendre compte que la première des conséquence de l’instauration d’un revenu de base sera de faire disparaître la problématique de la pauvreté, puis du chômage, avec tous les gains que cela provoquera en terme de baisse de coûts : finies les incitations fiscales aux entreprises pour les inciter à embaucher, finie la bureaucratie engendrée par le contrôle invasif des bénéficiaires de l’aide sociale, baisse drastique des maladies au travail, etc. Le caractère utopique de ce revenu n’est donc pas un argument. C’est au contraire une question de choix politique. 

Pouvoir choisir son travail et son apport à la société devrait être, dans nos sociétés dites libérales, un droit fondamental. 569662054.jpgEn effet, le revenu de base n'est pas une assistance, ce n’est pas une prestation sociale, mais un droit, le droit à l’existence. Le propre de cette mesure est justement qu’elle est inconditionnelle, contrairement aux autres mesures telles que - le salaire minimum, l’assurance chômage, l’aide sociale ou autre prestation. 

En accordant la liberté aux travailleurs de refuser le travail, on commence à les responsabiliser. On fait tomber le prétexte de la nécessité. Sans la liberté, il n’y a pas de véritable éthique du travail. Par ailleurs, la paresse n’est pas inscrite dans le génome humain ; ce n’est qu’une réaction contre les travaux forcés. Avec l’exigence d’une contreprestation, on neutralise la disposition naturelle à “faire société” par son être autant que par son activité et on crée le contraire de ce que l’on voulait obtenir: un comportement infantile. Dès que le travail devient obligatoire, il perd tout son charme, toute valeur éthique personnelle, et promeut la paresse.

Concernant le financement, dans l’intitulé de l’initiative, aucun montant n’est avancé pour ce revenu, ni son mode de financement abordé. Seule certitude : ce revenu garantira à chacun-e « de mener une existence digne et de participer à la vie publique ». Avec un montant annoncé par les initiant-e-s de 2500 francs par adulte et par mois, et 635 francs pour un mineur, on arrive à un coût total de 200 milliards par an. Or seule une petite partie de cette somme reste à financer, car la plus grande partie est réaffectée au financement du RBI sans changer les dépenses de l’Etat : si Economiesuisse mentionne le fait que le revenu de base se substitue -en partie- à certaines prestations sociales (60 milliards), le lobby oublie de dire qu’il se substitue aussi à une part des revenus d’activité (110 milliards de francs). Pour financer les 30 milliards restant, plusieurs solutions sont possibles, et cumulables : relèvement du taux d’imposition sur les personnes physiques, augmentation de la TVA, un impôt écologique, une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises.

Cela dit, le revenu de base ne sera pas le remède universel.

IMG_2200.jpgIl devra être accompagné des autres luttes en faveur d'une plus grande justice sociale et d'une meilleure répartition des richesses, tels que le salaire minimum, la limitation des hauts revenus et la lutte contre l’évasion fiscale et la spéculation. D’ailleurs, une des propositions de financement du revenu de base est l’instauration de la taxe Tobin. 

Quoi qu'il en soit, les pionnières et pionniers qui, en Suisse et dans le monde, ont permis à cette idée de se matérialiser dans le concret d'une votation populaire, ont déjà gagné leur pari : faire connaître au plus grand nombre cette mesure qui pourrait changer totalement notre manière de vivre et de concevoir le monde, notre rapport aux autres, et à l'argent. Une société dans laquelle chacun-e ne serait plus jugée, revenu-base-medias-suisse.jpgcomme actuellement, avant tout, sur sa position sociale liée à son salaire, mais sur ce qu'elle est, en dehors des impératifs économiques liés à la productivité et au besoin de croissance - à savoir un être social autant qu'économique, un être capable d'aimer et pas seulement de produire. Envie de vous investir pour un tel projet de société ? Rejoignez-nous dès aujourd'hui : www.revenudebase.ch ! Ensemble, nous pouvons changer nos sociétés !

Commentaires

C'est un exemple à suivre dans d'autres pays !
vive le Revenu de Base

Écrit par : pascalina | 04/10/2013

Bien qu'étant plutôt politiquement à droite, je trouve l'idée assez séduisante. Néanmoins, ne reste-t-il pas trop d'incertitudes pour que cette initiative soit acceptée ?

Est-ce qu'il ne sera pas nécessaire de mettre en place une aide sociale en plus de ce revenu de base ? En effet, d'après ce que je comprends, ce revenu sera inconditionnel et ne pourra être utilisé qu'avec l'accord du bénéficiaire. Par exemple, on constate régulièrement que pour une part importante des locataires à l'aide sociale, s'ils reçoivent l'aide et doivent payer leur loyer, il utilisent l'argent à autre chose et ne paye pas le loyer. Par contre, si l'aide sociale paie directement le loyer, pas de problème. Ce genre de solution ne serait semble-t-il plus possible avec un revenu inconditionnel, avec lequel ils seraient libre de faire ce qu'ils veulent. Donc il faudrait tout de même aider ces personnes. Pareil si la personne choisit de tout dépenser en alcool et jeux de hasard, comme c'est son argent et qu'elle est totalement libre de faire ce qu'elle veut, il faudra bien la nourrir. Ou sinon, il faut se donner les moyens de surveiller l'usage qui est fait de ce revenu. Et alors dans ce cas, on retombe dans certains travers qu'on voulait éviter.

Un autre problème, est le montant minimum. Est-ce que ce revenu, ne nécessite pas de combattre la société de consommation ? Ceci n'est pas anodin. Notre société nous pousse à croire que pour vivre correctement, il faut avoir le téléphone portable dernier cri, une grande télé à écran plat, une voiture, partir 2 semaines en vacances à l'étranger... Soit on décide que tout cela est du superflus et on ne l'inclus pas dans le revenu de base. Soit on considère que c'est indispensable pour vivre dignement, et on inclus tout ça dans le calcul du montant, auquel cas de nombreuses personnes s'opposeront à ce revenu (ou vraiment plus personne ne voudra travailler), avec raison.

Et dans le cas, où l'on choisit la voie de la raison, de n'inclure qu'un minimum pour vivre correctement, à moins d'éduquer les gens à moins consommer, ce revenu risque de ne pas résoudre de problème. En effet, nombreux sont ceux qui vont se tuer tout de même au travail pour se payer le superflus. Avec toutes les conséquences que l'on connait.

Écrit par : LeFred | 05/10/2013

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