22/11/2014

Moins! de séparation des luttes, plus d’intersectionnalité !

Cet article revient sur mes dernières participations aux mouvements de luttes antiproductivistes et anticapitalistes, toujours plus victimes d'une dangereuse poussée réactionnaire. Je me devais de prendre le temps de faire le point sur ces engagements afin de me situer et de déterminer dans quelle direction je compte désormais aller. Merci de votre attention et surtout n'hésitez pas à donner vos avis sur la question! 

 

 

 

Dans les combats politiques et associatifs que j’ai mené, les questions liées à l’intersectionnalité [1] des luttes ont souvent resurgi. Pour certain-e-s militant-e-s, il y avait par exemple d’un côté la question environnementale, de l’autre la question sociale ; d’un côté l’engagement féministe, de l’autre l’engagement anti-productiviste, etc. Chez les Vert-e-s, déjà, je me suis rendu compte que les environnementalistes ne cultivaient pas de fibre sociale, et que la préservation de la planète ne passait pas vraiment par la redistribution des richesses et l’égalité entre toutes et tous. Je savais qu’au sein des milieux écologistes plus radicaux, comme les anti-productivistes décroissant-e-s, il existait aussi différentes tendances, notamment entre tenant-e-s de l’écologie profonde et de l’écologie sociale. Le ROC (Réseau Objection de Croissance), que j’ai co-fondé avec quelques ami-e-s en 2008 à Genève et qui maintenant essaime un peu partout en Suisse romande, en est la preuve même. Une fracture importante dans le réseau existe sur les questions de démographie et de surpopulation. Un certain malthusianisme guette – on tient à nous expliquer l’apport de Malthus pour l’écologie, et, alors qu’une initiative comme Ecopop aboutit, le terrain est très glissant [2]. La presse elle, profite de ce flou et mélange allègrement « décroissance de la population » avec « décroissance économique »… Mais quelque part Ecopop aura eu le mérite de poser dans le débat la nécessaire alliance entre écologie et social. Et à pousser certain-e-s à montrer leur vrai visage. En effet, des personnalités comme Philippe Roch ont clairement accepté de faire fi des conséquences xénophobes engendrées par ce type d’initiative visant à préserver la planète à travers la dénatalité – des autres, les plus pauvres, évidemment. La décroissance, ou la critique anti-productiviste, peut facilement tendre vers les pires scénarios fascisants. Cela, on le savait déjà – nombres d’alertes ont été lancées [3] par les milieux de gauche anti-productiviste vis-à-vis des récupérations par l’extrême-droite des thèses défendues par la décroissance.

Mais plus surprenant, lorsqu’il s’agit d’affronter ces divergences au sein même de l’écologie politique en Suisse [4].

L'égalité sociale au détriment de la nature ? 

Dans les milieux anti-productivistes et anticonsuméristes, il est généralement acquis que la décroissance est une critique générale de nos sociétés productivistes occidentales – lesquelles doivent décroître en priorité, avant même de considérer la situation des pays les moins « développés » de la planète, qui ont une empreinte écologique bien moindre. Il est généralement aussi acquis que, au sein de nos sociétés d’opulence, les premiers à devoir décroître sont avant tout les responsables de la perpétuation de notre mode de vie dispendieux. Et pourtant, pour une frange certaine de l’écologie radicale, même les plus pauvres des pays riches demeurent trop riches, et doivent donc aussi décroître. Sous prétexte qu’il faut « différencier pauvreté et misère » (sic !) et que même ces minorités, en Suisse, ont une empreinte écologique trop grande. On n’abordera donc même pas le cas des couches moyennes, puisque qu’il nous serait répondu que « le Suisse moyen fait partie des 10% les plus riches au niveau mondial ».

Quels sont les risques de telles théories ? Entre autres, de marquer une opposition de facto à toute forme d’accès à un niveau de vie suffisant pour les plus défavorisé-e-s : refus d’un revenu de base pour toutes[5] et tous afin de vivre dignement (fixé vraisemblablement à 2'500,- francs suisses, ce qui est selon ces personnes beaucoup trop, alors que c’est à peine au-dessus du seuil de pauvreté) ; refus d’un salaire minimum décent pour toutes et tous (4'000,- francs suisses c’est bien trop), et donc opposition à l’accès pour les femmes (majoritaires à subir le travail à temps partiel) à une couverture sociale digne de ce nom, etc. Et quelles propositions émanent souvent de ces théories ? On entend par exemple parler de l’instauration du rationnement des biens et des ressources - où comme en temps de guerre les plus pauvres doivent se serrer encore davantage la ceinture [6].

Tout cela ne vous rappelle-t-il rien ? Malthus, encore lui (eh oui !), lequel dénonçait déjà en son temps la redistribution en faveur des pauvres sous prétexte qu’elle accentuait le problème au lieu de le résoudre, puisque les pauvres, en se multipliant, feraient peser une menace croissante sur les ressources dont disposent les autres. En adhérant aux milieux de l’écologie radicale, je pensais plutôt lutter contre « les riches qui détruisent la planète » (Hervé Kempf [7]), m’engager sur les pas de l’écosocialisme et de l’intersectionnalité des luttes… or j’étais bien loin du compte et dois affronter une grave confusion faite par beaucoup entre « sobriété heureuse » défendue par les décroissant-e-s, et « pauvreté subie » provoquée par les tenant-e-s de l’austérité.

Si bien que j’arrive à devoir constater que pour certain-e-s tenant-e-s de l’écologie radicale, une certaine idée de l’égalité sociale et de la dignité se ferait forcément au détriment de l’environnement. Bien sûr que la dignité d’une existence n’est pas réductible à l’accès à un emploi décent (même si aujourd’hui dans nos sociétés l’emploi y contribue malheureusement toujours grandement) ; bien sûr qu’il faut tendre à l’abolition du salariat, à la démarchandisation du monde, mais faut-il le faire en dénigrant les luttes syndicales pour un salaire décent pour toutes et tous ? Faut-il le faire en expliquant que 2'500,- c’est trop d’argent, que l’argent c’est mal, et qu’on détruit la planète en donnant à toutes et tous un minimum qui est à peine au-dessus du seuil de pauvreté ? Faut-il le faire, enfin, en expliquant que les pauvres doivent décroître – alors que les riches sont toujours plus riches, et sont toujours davantage les principaux responsables de la dégradation de la planète ? Comme l’avait bien compris déjà l’économiste Thorstein Veblen (1857-1929) et comme l’analyse bien aussi dans une interview récente du Courrier, Hervé Kempf [8] : « La consommation des nantis sert de référentiel pour celle de la société toute entière. La réduction de l’empreinte carbone passe par une politique plus égalitaire. ».

Mais malheureusement, plutôt que de construire ensemble avec toutes les forces de gauche écosocialiste l’accès pour toutes et tous aux biens communs à travers la création d’une sphère de la gratuité (Paul Ariès [9]) et la défense d’un service public de qualité, luttant ainsi contre les privatisations et les politiques d’austérité, on préfère pointer du doigt les idées visant à réduire les inégalités, lesquelles sont pourtant responsables de la dégradation de la planète, et on provoque la désunion des courants de gauche.

Pour une écologie politique féministe ! 

Car en effet, malheureusement, le pire est encore à venir avec ce mode de pensée qui vise à faire porter le chapeau autant aux riches qu’aux pauvres, puisqu’il aboutit à s’opposer à toute notion d’égalité entre hommes et femmes (et pas qu’en matière salariale) - cela car il faut en finir avec le travail salarié, et parce que « l'égalité pour tous n'est pas possible, même par un développement de rattrapage » [10]. Plutôt que de viser une égalité présentée comme chimérique et productiviste, il s’agit de revenir à une « perspective de subsistance » [11], et (re)-créer un système économique et social qui remet au centre les activités de subsistance. Pourquoi pas ! Mais ces activités continuent d’être majoritairement faites par les femmes, et de manière non choisie (cf. le travail millénaire gratuit des femmes). C’est pourquoi doit se poser, en vis-à-vis, la question de l'accès des femmes à la sphère publique (sans parler de quotas dans les conseils d'administration, mais d’accès à la parole publique, à l’écriture d’articles dans les revues anti-productivistes, aux actions publiques des décroissant-e-s, etc.). Que nenni : ce n’est semble-t-il pas un sujet pertinent, puisque l’égalité n’est qu’une idéologie de rattrapage qui voudrait par exemple que les femmes fassent l’armée comme les hommes (même si pour ma part je ne connais aucune féministe défendant cela…), et puisque les femmes n’ont rien à gagner en obtenant les mêmes droits que les hommes.

Quant aux avancées féministes qui ont permis par exemple l’égalité en droits entre hommes et femmes, dans le couple par exemple (en matière de lutte contre le viol conjugal, etc.) et la critique de la séparation entre sphère privée et publique « The personal is political ! » [12] ? On me répond que « cela n’est pas pertinent pour faire avancer la lutte pour la décroissance »… !!

Les crèches, elles aussi, sont dénigrées sans nuances puisqu’elles ne sont là que pour permettre aux femmes d’être des « hommes productifs comme les autres », et non pas pour permettre aux enfants de se socialiser ou encore aux parents (les mères avant tout, qui s’occupent toujours majoritairement des enfants), de souffler. Le modèle des crèches autogérées n’est pas non plus sollicité : décidément dans cette économie de subsistance chère à cette écologie radicale-ci, il faut tout faire soi-même au risque sinon de passer pour un dangereux productiviste ! Et la baisse généralisée du temps de travail ? Oui mais pas à salaire égal, évidemment… « Travailler moins pour gagner moins et…galérer plus ! » est le nouveau modèle préconisé.

Et quid de la participation des hommes à cette sphère de subsistance qui doit remplacer petit à petit la sphère marchande ? Là non plus ce n’est pas important d’en parler. Que les implications écologistes nécessitées par les besoins de relocalisation, de réappropriation des outils, d’auto-subsistance, etc. amènent une surcharge énorme en matière temps et de travail (non rémunéré), et retombent à nouveau sur le dos des femmes (comme le montrent de nombreuses études [13]), n’est pas une question importante à traiter… La lutte pour l’égale implication des hommes et des femmes dans les tâches écologistes relève sans doute d’un combat de « rattrapage » productiviste... Si cette inégalité existe encore, selon ces personnes, c’est certes parce qu’il y a une division sexuelle du travail dans la sphère marchande, instaurée par le capitalisme pour son propre profit, mais dès lors que l’on vivra dans un monde décroissant et idyllique, la domination des hommes sur les femmes dans la nouvelle économie de subsistance disparaitra, comme par magie… Un peu facile quand on sait que le patriarcat précède largement l’ère industrielle (pour ce genre de « détails historiques », il faudra repasser…).

Et pourtant, au sein de la décroissance, on ne peut faire l’économie de la réflexion sur les inégalités de sexe. Mais qui dans ces milieux parle par exemple de l’importance de la création d’un congé parental partagé entre hommes et femmes comme en Suède pour que les pères s’impliquent dès la naissance de leurs enfants dans les tâches éducatives ?

J’ai rencontré, c’est vrai, dans ce milieu écolo-radical, des hommes qui avaient pu faire le choix de baisser leur temps de travail et de s’occuper de leurs enfants, tout en militant dans un journal par exemple. Le fait de mettre en avant ces parcours d’hommes atypiques est intéressant mais l’objectif d’un mouvement comme l’écologie politique n’est-il pas de permettre et de donner envie à toutes et tous de faire de tels choix de vie ? Il est certes plus aisé de se donner en exemple plutôt que de prendre le parti de celles et ceux qui ne pourraient que très difficilement, faute de conditions matérielles suffisantes ou d’un parcours professionnel facilitant, faire de tels choix sans devoir passer directement à la case chômage ou aide sociale. Sans parler du fait qu’il ne suffit pas de quitter le monde du travail pour laisser de côté sa position d’homme dominant et les privilèges qui l’accompagnent- à cet égard on aurait bien aimé lire un article reprenant les thèses de Léo Thiers Vidal, où il analyse sans concession les formes, ouvertes ou plus subtiles, que prend le masculinisme en milieu militant, notamment anarchiste [14].

Pour certain-e-s donc, imaginer que des féministes puissent être à la fois anticapitalistes, anti-productivistes, égalitaristes, syndicalistes, anti-colonialistes, défenseuses des droits des animaux (véganisme) etc. n’est absolument pas envisageable… Moi qui pensais pourtant que c’était une évidence, on préfère consacrer du papier à dénoncer le leurre des féministes qui font le jeu de la société capitaliste et croissantiste.

Il faudra donc repasser pour voir mise sous presse l’articulation des luttes féministes et écologistes… On ne lira donc pas Mona Zegai [15] dans le prochain numéro du journal Moins!, et son travail qui analyse à travers le prisme des questions de genre, la socialisation à la consommation dès le plus jeune âge (avec par exemple la vente de produits réels transformés en jouets, comme des pots de Nutella, de la lessive) ; on ne lira pas non plus l’apport d’Elsa Beaulieu et de Maude Prud’homme au Québec et leur vibrant appel « Pour un écoféminisme politique! » [16] expliquant « qu’il n'y aura pas d'économie véritablement respectueuse de l’écologie sans une véritable égalité entre les hommes et les femmes, pas plus qu’il ne peut y avoir d’égalité entre les sexes dans le système économique actuel. Les alliances entre féministes et écologistes, et plus précisément les luttes écoféministes, sont donc une nécessité historique incontournable. »

Pourtant le prochain numéro aura pour thématique « l’écoféminisme ». Or il existe plusieurs théories écoféministes, certaines essentialistes, d’autres qui dénoncent le recours à la nature pour justifier les inégalités de sexe [17]. Mais les théories écoféministes défendues par certain-e-s, sont largement naturalistes (la Femme comparée à la Nature), avec toutes les dangereuses conséquences que cela engendre (le différentialisme – avec son idéologie de la complémentarité entre les sexes, qui justifie et perpétue les inégalités), tout cela au nom de l’anti-industrialisme et de la lutte contre la technologie : culte de la maternité, hétérosexisme, homophobie (on s’oppose à l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les homosexuel-le-s, à l’homoparentalité, etc.), et accointances avec PMO (Pièce et Main d’Oeuvre, groupe grenoblois anonyme qui ne cache pas sa proximité avec l’idéologie de la « Manif pour tous »). Selon certain-e-s, les homosexuel-le-s ne peuvent pas prétendre « avoir des enfants », car ce serait « aller contre la Nature », « rompre avec le système de filiation »… eh oui, jusqu’à dernier avis la nature n’a jamais permis à un enfant de naître de deux personnes de même sexe... La technologie, avec la PMA par exemple, voudrait se substituer à la Nature, c’est pourquoi il faut la rejeter, comme le mariage pour toutes et tous. Et rejoindre la « Manif pour tous » ?

Les dangers de l'abandon de l'intersectionnalité des luttes 

Bref, à bien regarder, certain-e-s militant-e-s réussissent le difficile pari d’être l’exemple même du danger que représente une idéologie lorsqu’elle est prise en soi et est totalement déconnectée des mouvements sociaux et des luttes indispensables à mener conjointement. Le risque est de voir les nombreux groupes qui luttent tous pour une sortie du capitalisme et de sa logique mortifère qu’est la croissance infinie militer chacun de leur côté. En restant entre nous, on finit par faire notre propre éloge tout en réduisant les autres mouvements à de vulgaires stéréotypes (les féministes sont productivistes car elles sont pour « le rattrapage », les homosexuel-le-s sont contre-nature car elles-ils prétendent avoir des enfants et donc rompre avec le système de filiation, la gauche et les syndicats font le jeu du monétarisme quand ils défendent l’égalité d’accès au salariat, etc.). Autre problème : cette posture élitiste et solitaire empêche de saisir le vécu de certains groupes sociaux oppressés, alors qu’un mouvement comme l’écologie politique devrait, s’il tend à être réellement alternatif, être celui de toutes celles et ceux qui essaient de sortir des schémas dominants et de décoloniser leur imaginaire : pas seulement de la croissance, mais aussi de l’oppression patriarcale et des inégalités de toutes sortes.

Pour ce faire, on ne peut pas se contenter de mettre en avant toujours les mêmes « têtes pensantes » si chères à la décroissance, qu’on retrouve de toute manière déjà partout dans ces milieux (les Latouche, Rabhi, Illich, Ellul, Castoriadis, etc. ; et en Suisse les Dominique Bourg, Pierre Lehman, et autres Philippe Roch). Déjà parce que ce sont toujours les mêmes mâles occidentaux, qu’ils monopolisent la parole au détriment d’autres femmes engagées partout dans le monde en faveur de la décroissance, et que pour beaucoup leurs théories comportent des zones d’ombres qu’il serait pertinent de mettre à jour et de dénoncer fermement (on pense au malthusianisme, à l’islamophobie ou encore au sexisme), mais aussi parce qu’ils sont des « théoriciens » et que nous avons besoin de modèles de luttes incarnés, dont la préoccupation n’est pas tant de laisser des traces scientifiques que de construire humblement une société sans croissance.

Mais cela dit, on ne peut pas seulement s’arrêter à ce constat, aussi peu reluisant est-il. On est obligé, au regard des dangereux glissements d’une large partie des militant-e-s se revendiquant de l’écologie radicale, de se demander si l’idéologie qui en ressort n’est pas tout simplement régressive en matière de droits humains et donc de progrès social – et si ce courant ne risque pas insidieusement de se tourner toujours un peu plus vers les théories réactionnaires qui rejettent en bloc toute avancée sociale au nom de sa lutte contre le « progrès ». Ce serait le prix d’une coupure frontale avec l’intersectionnalité des luttes, seule à même de permettre l’émancipation de toutes et tous, et de donner une réponse convaincante contre l’idéologie capitaliste et de la croissance infinie, en n’abandonnant aucune minorité sur le chemin. Mais est-ce là encore l’objectif de ces militant-e-s que de se faire le porte voix des plus démuni-e-s ? Ou préfèrent-t-ils penser comme PMO que la « politique des minorités » « enferme dans une identité victimaire » et « a concentré l’attention sur les conflits qu’elle déchaînait au détriment de ceux qu’elle enfouissait » [18] ?

Pour ma part, je veux croire que la posture de ces militant-e-s de bonne foi est encore évolutive et leur laisserai donc, malgré de profondes divergences, le bénéficie du doute, car un journal d’écologie politique en Suisse est une denrée rare. Leur la responsabilité n’en est donc que plus grande !

Quant à moi, désormais mon temps et mon engagement se tourneront vers des groupes et mouvements qui affichent clairement leur implication en faveur de cette intersectionnalité et qui ont compris son importance pour une véritable rupture avec le capitalisme et le productivisme. Car je pense que c’est la seule manière de donner des réponses convaincantes dans le contexte actuel où l’on observe une convergence toujours plus grande entre les courants anti-industriels, écologistes, anti-capitalistes et la poussée réactionnaire.

 



[1] L’intersectionnalité (de l'anglais intersectionality) est une notion employée en sociologie et en réflexion politique, qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Le terme a été forgé par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw dans un article publié en 1991.

[2] Voir le débat orienté organisé à Genève sur la question, où deux intervenant-e-s malthusien-ne-s ont été invité-e-s à débattre, contre aucun-e pour défendre une écologie sociale (la proposition de faire intervenir Vincent Gerber a été refusée) : http://decroissance.ch/events/debat-roc-ge-vs-ecopop-et-r...

[4] Par exemple au sein du journal Moins!, journal d’écologie politique, où j’ai collaboré pour le numéro 14 (novembre 2014), mais sans donner suite à mon engagement : http://www.achetezmoins.ch

[6] Voir le débat dans les années 2000 autour de la « carte carbone » en Angleterre : pour instaurer ce rationnement, on distribue sur le marché une quantité maximale (totale) d’énergie, où chaque individu a une part réservée mais peut en céder à d’autres qui l’achètent alors. Les plus pauvres, dont la consommation d’énergie est moins importante, peuvent vendre des parts aux plus riches. Encore un moyen de réduire la consommation des pauvres et d’augmenter celle des riches, tout en se donnant bonne conscience environnementalement parlant ?

[9] Voir « La Révolution par la gratuité » de Paul Ariès : http://www.npa2009.org/content/la-révolution-par-la-gratu...

[10] Pour soutenir cette théorie, ces personnes s’inspirent notamment de ce document et d’une « traduction rapide » des paroles de Mies and Shiva (1993) : https://www.dropbox.com/s/ct9nrle4tlbcchb/Extraits de Mies et Bennholdt-Thomsen - La perspective de subsistance.doc?dl=0  https://www.dropbox.com/s/ct9nrle4tlbcchb/Extraits de Mies et Bennholdt-Thomsen - La perspective de subsistance.doc?dl=0

[11] La production de subsistance ou production de la vie inclut tout travail qui est dépensé pour la création, la recréation et la maintenance de la vie immédiate et qui n’a pas d’autre objectif (travail ménager ; travail des petits paysan-ne-s ; autoproduction ;...) Pour la production de subsistance l’aspiration est la vie, pour la production de marchandises c’est l’argent qui produit toujours plus d’argent, ou l’accumulation du capital.

[12] Le slogan vient des Etats-Unis (1960) et s’inscrit dans la deuxième vague du féminisme. Dans les années 1960-70, le féminisme connaît un renouveau dont l’une des caractéristiques principales est de pointer la dimension politique de questions jusqu’alors considérées comme privées – d’où le slogan.

[13] Voir l’étude « L’engagement écologique au quotidien a-t-il un genre ? » http://www.erudit.org/revue/rf/2009/v22/n1/037795ar.html

[14] Par exemple cet article « Féministes et hommes engagés, sortir de l’androcentrisme et développer l’empathie » : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/politiques-citoyens/...

[15] Voir son mémoire intitulé « Les jouets pour enfants au regard du genre » : http://monille.free.fr/Mona%20Zegai%20-%20Les%20jouets%20...

[17] « En défendant la radicalité possible d’un lien entre féminisme et écologie, je n’avance pas que les femmes ont une manière d’être essentiellement plus proche de la “ nature ”, mais plutôt qu’il est impossible de comprendre les conséquences écologiquement destructrices de la tendance dominante du développement humain sans saisir leur nature « genrée ». » Mary Mellor, 1997 Feminism and Ecology. New York, New York University Press.

[18] Lire ce texte assez représentatif de l’idéologie dangereuse promue par PMO, qui s’attaque directement à « l’intersectionnalisme » : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Elephant.pdf

Commentaires

J'ai pas mal de choses à redire au sujet de cet article.. :

Concernant le débat sur ecopop, organisé par le ROC-GE et qui a eu lieu le 13 novembre à Genève, tu notes d'abord : « on tient à nous expliquer l’apport de Malthus pour l’écologie ». Comme tu l'as remarqué et vécu, ces discussions vives sur le thème de la démographie ont toujours existé au sein du ROC-GE. Je me souviens qu'elles prenaient beaucoup de place sur le forum qui existait à l'époque (c'est par ailleurs dommage qu'il ait disparu, le FB qui était sensé le remplacer n'a jamais eu ce rôle de débat en ligne, et nous avons perdu ce contenu). Tu as bien œuvré à tenter d'étouffer le sujet, mais les thématiques essentielles ne disparaissent pas comme par magie.
Si tu sens qu'on tient à t'expliquer l'apport de Malthus sur l'écologie c'est peut-être que ce dernier et nié par certains, dont toi, alors qu'il est évident, notamment dans les fondements de la décroissance. Il est en effet assez incohérent de se réclamer de la décroissance en se référant au rapport Meadows sur les limites à la croissance ou encore à Georgescu-Roegen et d'aucunement vouloir tenir compte de la composante démographique de la problématique écologique, tant on la retrouve, parmi tant d'autres, dans les œuvres de ces auteurs et d'autres qui sont à la base de la décroissance.
Par ailleurs, un des arguments de l'époque du forum était qu'il y aurait une transition démographique au niveau mondial en 2050, ce qui correspondait au scénario moyen de l'ONU. Il n'y avait donc pas de soucis, tout allait revenir à la normale (mis à part les espèces disparues, les écosystèmes irrémédiablement perdus, le climat de l'anthropocème et autres détails de ce genre...). Mais le scénario moyen de l'ONU a été largement revu à la hausse depuis 2011, et encore à plusieurs reprises depuis. Les effets de cette explosion démographique ne sont donc de loin pas près de se résorber, on peut même sérieusement craindre un effondrement global. Cela donne malheureusement raison à ceux qui avaient tenté d'alarmer sur ce sujet et de manière générale sur l'écologie depuis au moins les années 1970. L'avertissement concernait la croissance économique (et les flux d'énergie-matière qui l'alimente, les écosystèmes qui absorbes ses rejets) et la croissance démographique.
Tu écris que Malthus « dénonçait déjà en son temps la redistribution en faveur des pauvres sous prétexte qu’elle accentuait le problème au lieu de le résoudre, puisque les pauvres, en se multipliant, feraient peser une menace croissante sur les ressources dont disposent les autres ». C'est extrêmement simpliste et réducteur de le présenter ainsi. Ceci est lié à un contexte bien particulier, celui de l'Angleterre de l'époque. Je te conseille plutôt de le lire directement (et d'ailleurs gratuitement sur google books). Son apport pour l'écologie n'a rien à voir et concerne deux courbes, celles des croissances démographique et de la production agricole, dont la première est exponentielle alors que la seconde est linéaire, ce qui est plutôt inquiétant. Ce qui a contredit Malthus, c'est principalement le pétrole dans l'agriculture, avec le procédé Haber-Bosch.
Ensuite, c'est un peu simpliste de dire que « la proposition de faire intervenir Vincent Gerber a été refusée ». Tu étais parti du principe qu'il était évident que si tu le proposais il allait être ajouté à la liste des autres intervenants. En fait nous avons discuté en coordination de cette opportunité et y compris avec lui-même, qui était d'accord avec nous. Nous avons conclu qu'il valait mieux ne pas ajouter un cinquième intervenant, car :
Cela aurait augmenté la durée de la conférence-débat (qui a duré jusqu'à plus de 23 heures)
Nous étions déjà deux intervenants à être opposés à l'initiative ecopop, contre une pour la défendre, et un autre qui était à l'époque neutre et qui a entre-temps pris partiellement position pour (en l’occurrence seulement pour les 10% d'aide au développement pour le planning familial)
En discutant avec lui il a manifesté son envie d'être présent quoi qu'il en soit dans le public, notamment car l'idée était de laisser une large place au débat avec le public, ce qui fut le cas.
Cela changeait le format de la conférence-débat, dont l'idée était d'inviter une intervenante dont les idées diffèrent des nôtres, pour en débattre, comme nous l'avions fait avec René Longet deux ans auparavant sur le thème développement durable vs. décroissance
Au final il y a eu deux reports de date et un changement de salle, qui a fait qu'un des intervenants n'était plus disponible. On alors rediscuté, de ma propre initiative, de l'opportunité d'ajouter Vincent Gerber, et on en a conclu que cela n'était pas une bonne idée car cela ajoutait encore un nouveau changement. Finalement je l'ai appelé pour m'assurer qu'il serait présent dans le public et il m'a alors indiqué qu'il ne pouvait malheureusement pas être présent, suite au changement de date. C'est pourquoi je trouve un peu simpliste de simplement mentionner que la proposition a été refusée.
La conférence-débat s'est bien entendu très bien déroulée, c'était une très bonne occasion de discuter sérieusement d'un sujet complexe. À mon avis il est totalement contre-productif de vouloir simplement étouffer un débat en se basant sur son propre avis, ce qui est je trouve un peu ta méthode. Il n'y a évidemment pas eu de scandale. Pour te donner une idée, le représentant de stop-exclusion, qui mène activement campagne contre ecopop en argumentant que l'initiative est xénophobe, a dit qu'il était non seulement d'accord avec tout ce qui a été dit dans l'analyse critique du ROC-GE, mais aussi dans celle du représentant de Démographie Responsable.

Tu poses la question : « Quels sont les risques de telles théories ». Mais de quelles théories s'agit-il, le fait que le Suisse moyen fait partie des 10% les plus riches au niveau mondial serait une théorie ? Le fait que le Suisse moyen vive dans une plus grande surface, se déplace plus, notamment à l'autre bout du Monde, ait une plus grosse voiture, dépense plus pour ces loisirs et ses équipement serait une théorie ? Du fait que les personnes résidant en Suisse et considérées comme pauvres (en fait-je partie avec mes 3700.- CHF par mois à 100%?) aient une empreinte écologique/carbone/etc. très largement plus supérieure à ce que le système Terre peut absorber par habitant (quantité qui diminuera d'autant plus que toujours plus d'écosystèmes seront détruits et que le nombre d'humains augmentera) ?
Le mouvement de la décroissance est largement en faveur du RBI (je le suis), cela n'empêche pas d'être critique vis-à-vis de son financement qui impose de ne surtout pas décroître, ce qui compromet sa faisabilité à plus ou moins long terme si l'on est un peu au fait de ce qui sous-tend la décroissance. Pareil pour le salaire minimal à 4000.-. On peut très bien être pour (pour une question de rapport de force, mon cas par exemple) et être critique sur le fait qu'une économie qui offre un tel salaire minimum ne peut qu'être basée sur l'exploitation de peuples et ressources exogènes à travers un commerce international largement biaisé en notre faveur. Pour la diminution du temps de travail mais avec un salaire équivalent, bravo, très croissanciste comme proposition, c'est ce qui s'est passé en France avec les 35 heures. Super, encore de quoi de presser les employés pour augmenter la productivité (faire en 35 heures autant qu'en 40). Au niveau de l'égalité des revenus, l'ensemble de l'écologie radicale en Suisse était pour le l'initiative 1/12, et certains, dont moi, préféreraient même un ratio plus égalitaire, alors arrête ton char. À trop vouloir maintenant et ici, il y aura d'autant moins à l'avenir (générations futurs) et ailleurs, car il faudra faire avec nettement moins de ressources et beaucoup plus de monde.
En adhérant aux milieux de l’écologie radicale, tu pensais plutôt lutter contre « les riches qui détruisent la planète ». J'ai parfois l'impression que tu souhaites simplement leur prendre leur richesse pour la redistribuer. C'est certes une première étape, mais il est évident que le but est de lutter contre les nuisances créées par cette richesse, subies par ceux qui ne la possède pas. Or à terme le but devrait donc être de détruire cette richesse, ce qui arrivera de toute manière un jour ou l'autre avec la déplétion des ressources sur lesquelles elle est basée. Il s'agit donc véritablement de penser le monde en décroissance, sinon ce n'est « que » de la redistribution et la décroissance n'est alors qu'une idée « cool et rebelle » mais totalement vide et sans conséquence, comme l’envisage certains militants de gauche. On entend alors des choses aussi hallucinantes, venant de la part de sympathisant de la décroissance, que : « il y a largement assez d'argent et il y en aura toujours autant, ce n'est qu'une question de distribution », ou encore « d'accord dans l'écologie il y a la décroissance, mais il y aussi le social ». Comme si la décroissance, une évolution inéluctable, n'était pas un cadre qui imposait de revoir la façon dont la gauche envisage le social depuis trop longtemps et que les inégalités s'arrêtaient au frontières de la Suisse, dont le PIB ne diminuera jamais.

Tu es de mauvaise foi sur passablement de chose que tu attribues à on ne sait trop qui :
« les pauvres doivent décroître – alors que les riches sont toujours plus riches, et sont toujours davantage les principaux responsables de la dégradation de la planète »,  « on préfère pointer du doigt les idées visant à réduire les inégalités », ou encore « ce mode de pensée qui vise à faire porter le chapeau autant aux riches qu’aux pauvres ». Je ne sais pas de quel mode de pensée tu parles, il s'agit de faire porter le chapeau à chacun en fonction, proportionnellement, de son dépassement des limites, simplement. Personne, dans le mouvement de l'écologie radicale, est pour attribuer aux « pauvres » autant de responsabilité qu'aux « riches », tu déconnes à plein tube. La décroissance des inégalité est la première des décroissance, mais ce n'est pas la seule et il faut la considérer au niveau global, voilà tout.
« le modèle des crèches autogérées n’est pas non plus sollicité ». Je dirais qu'au contraire il est sollicité, mais peut-être devrais-tu nous expliquer d'où tu sors cela. Tu mélanges beaucoup de choses et il est au final difficile de savoir qui tu accuses. Le monde est peut-être ainsi fait qu'il y a beaucoup de gens avec beaucoup de pensées complexes qui ne correspondent forcément pas tout à fait à la tienne...
« Mais qui dans ces milieux parle par exemple de l’importance de la création d’un congé parental partagé entre hommes et femmes comme en Suède pour que les pères s’impliquent dès la naissance de leurs enfants dans les tâches éducatives ? ». Comme je suis manifestement en partie visé pas le texte, je te permets de te répondre : moi (et bien d'autres). Notamment dans une programme politique décroissant dont je t'ai donné la première version qui le contenait, bien entendu, de même que les crèches autogérées. Ces propositions sont bien évidemment restées dans la version finale, qui a pourtant perdu de sa superbe en passant pas le consensus de groupe.
Enfin, tu délires complètement sur le rationnement (encore une fois présent dans le programme politique décroissant vaguement mentionné plus haut). Déjà ta note de bas de page le concernant est lacunaire : elle ne contient aucune référence ! En voici déjà une : teqs.net. Tu parles de « débat dans les années 2000 ». Ce mouvement en faveur du rationnement, qui inclus évidemment des débats, ne s'est jamais arrêté depuis son début dans les années 2000. Tu es à nouveau totalement de mauvaise foi, car tu devrais connaître le sujet pour en avoir discuté en long et en large. Tu dis que cette proposition émanerait des théories que tu tentes de décrire de manière plus que floue. Donc les militants pour le rationnement, comme par exemple ceux des mouvements de la transition, font parties des tenants des dites théories ? Tu écris que « comme en temps de guerre les plus pauvres doivent se serrer encore davantage la ceinture ». C'est faux, déjà en temps de guerre le rationnement a plutôt permis aux plus pauvres d’améliorer leur condition de vie, bien entendu largement dégradée par la guerre, c'est pourquoi il a été totalement supprimé quelques années après la guerre. Pourquoi continuer à partager alors que la guerre et finie ?? Dans ta note de bas de page tu écris enfin : « Encore un moyen de réduire la consommation des pauvres et d’augmenter celle des riches, tout en se donnant bonne conscience environnementalement parlant ? ». Ceci est totalement faux également. Sans rationnement, le « riche » n'a aucune limite autre que ses moyens pour consommer, le « pauvre » également mais à un autre niveau bien entendu. Avec le rationnement, c'est pareil, sauf qu'au prix de l'énergie, celui qui veut consommer plus que la moyenne devra ajouter le prix de points de rationnement correspondant. C'est donc un renchérissement du prix de l'énergie, seulement pour ceux qui consomment plus que la moyenne. Celui qui consomme moins que la moyenne tirera un revenu du fait qu'il n'utilisera pas les points de rationnement distribués gratuitement à tous. Mais, chaque année, la quantité totale de points de rationnement distribués diminue. Ce qui, de plus en plus au fil des ans, tend vers l'égalité. En effet, ceux qui sont en dessus de la moyenne auront de moins en moins de points de rationnement à acheter et ceux qui sont en dessous le seront de moins en moins à force que le nombre de points de rationnement diminue. Ils ne vendront alors plus du tout, ou moins, ou bien ils auront aussi baissé leur consommation, d'une manière ou d'une autre, par exemple en changeant leurs équipements en fin de vie (frigo, etc.) grâce au revenu tiré de la vente des points de rationnement, qui ne permet pas d'acheter de l'énergie (puisqu'il faudrait aussi des points de rationnement). À terme, si le but est d'être au plus proche de la soutenabilité écologique, il n'y à plus beaucoup de marge (l'amplitude des niveaux de consommation est fortement diminuée) et les inégalités sont très nettement réduites. Le rationnement est d'ailleurs proposé comme une alternative aux taxes environnementales (carbone et autre), qui sont aussi inefficaces qu'injustes. Le rationnement est le moyen le plus efficace et juste pour une descente énergétique et matérielle. Ton propos est donc pour le moins incompréhensible. Si tu n'as toujours pas compris je veux bien encore une fois t'expliquer en détails, mais peut-être ne veux-tu tout simplement pas entendre ?

Écrit par : Daniel | 23/11/2014

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