05/06/2016

Le RBI, cet horizon infini

"Les perdants, comme les autodidactes, ont toujours des connaissances plus vastes que les gagnants, pour gagner il faut savoir une seule chose et ne pas perdre de temps à les connaître toutes. Le plaisir de l'érudition est réservé aux perdants. Plus quelqu'un sait de choses, plus elles lui sont allées de travers. " Umberto Ecco

Aujourd'hui, en ce 5 juin 2016 historique, les perdant-e-s sont, comme attendu, dans le camp des défenseuses et défenseurs du RBI, ce projet idéaliste tant vampirisé de toute part, à gauche, à droite et au centre. Mais comme le souligne bien Ecco, les perdant-e-s ne sont pas les moins érudit-e-s et n'ont pas moins raison sur beaucoup de dérives de nos sociétés basées sur un idéal mortifère, à savoir un productivisme effréné et une valeur travail érigés en Dieux vivants.

Celles et ceux qui ont mené campagne ces derniers temps sur les réseaux sociaux, les stands et autres supports innovants, ne sont pas prêt-e-s à lâcher bien au contraire. Elles et ils ont expérimenté ce que cette 'civilisation du travail' a détruit ou contribue à détruire subrepticement dans leur existence et celle de leur proches, à coups de burn-out ou in, d'heures supplémentaires, de spectre du chômage, et d'autres avatars d'une vie ou les activités qui nous épanouissent sont considérées comme 'annexes'. Ces militant-e-s inconditionnel-le-s savent le prix d'une vie perdue à la gagner, sont conscient-e-s du peu d'avenir que propose le travail actuel et les assurances sociales qui lui sont liées. Sans pour autant abandonner la lutte pour de meilleures conditions de travail pour toutes et tous (travail décent, salaire minimum, interdiction des licenciements, meilleure couverture sociale, revenu maximum plafonné, etc.), ces inconditionnel-le-s du RBI continuent à penser que lutter avant tout et uniquement pour un "droit au travail pour toutes et tous" n'est pas l'horizon ultime auquel nos sociétés peuvent aspirer, même si cet horizon a pu être le moteur de nombreuses luttes indispensables aux avancées progressistes.

Mais les syndicats, les partis et autres institutions peinent toujours à comprendre cette aspiration à une autre organisation de nos sociétés, où les normes sociales ne seraient plus évaluées selon l'activité salariale des unes et des uns, mais bien sûr le fait de garantir à chacun-e la possibilité de trouver un sens à sa vie, à son activité, choisie à cet effet.

Tant la prégnance de ces valeurs (le travail est la seconde priorité après la famille pour nos concitoyen-ne-s) est ancrée dans nos mentalités, ces organisations n'arrivent pas encore à imaginer d'autres luttes et d'autres émancipations.
Le constat est clair, autant à gauche qu'à droite, les mobilisations contre le RBI ont été féroces et continueront à l'être. Même si la gauche se cache pour beaucoup derrière le discours des craintes vis-à-vis d'une attaque des assurances sociales (comme si la droite attendait le RBI pour s'y atteler), force est de constater que la crainte ultime de ces défenseuses et défenseurs d'un Etat à vocation totalitaire, est bien que ce dernier perde un peu de ses prérogatives, notamment celles visant à décréter qui a droit aux aides et qui ne les mérite pas, quelle activité mérite salaire et laquelle doit rester une activité bénévole annexe, non comptabilisée dans le PIB.
Un peu comme des parents qui préféreraient donner à leur descendance un héritage en petites tranches et sous conditions, basé sur le mérite, histoire de pouvoir toujours bien contrôler que sa progéniture ne devienne pas un de ces ersatz des anti travail, en marcel, le ventre bedonnant, mangeant son macdo devant la TV.image.jpeg

C'est à cette aune qu'on comprend que la césure entre droite et gauche sur cet objet n'est finalement que très ténue. C'est une preuve de plus qu'il ne suffit pas de se revendiquer de gauche pour défendre un idéal de société différent. Cela dit, heureusement qu'une bonne partie de cette gauche a malgré tout eu la lucidité de défendre ce RBI encore balbutiant, tout en mettant de nécessaires balises afin de garantir que ce dernier ne soit pas récupéré par les politiques d'austérité qui prennent toujours plus de place en Europe.
Une de ces balises est évidemment la garantie que le montant de ce RBI soit réellement suffisant pour vivre dignement peu importe où en Suisse, comme l'exigeait déjà en son temps André Gorz, sans devoir se salarier pour boucler les fins de mois. Surtout, la meilleure garantie reste que ce RBI puisse être introduit tout en bénéficiant des luttes sociales actuelles et à venir : un salaire minimum et maximum pour réduire les inégalités criantes dans le monde du travail, une critique frontale de la création monétaire pour que celle-ci ne soit plus du seul ressort des banques privées, un congé parental partagé entre hommes et femmes pour renverser les valeurs et redonner une vraie place à l'éducation et aux tâches du care, l'interdiction des licenciements, etc.

Pour mener ces luttes sociales à bien, nous comptons sur chaque personne qui a défendu avec son coeur et ses tripes ce RBI. Quant à celles et ceux que nous devons encore convaincre pour l'instauration du RBI dans les prochaines années, sachez que notre effort ne va pas baisser dans les périodes à venir: le résultat négatif de ce premier vote historique du 5 juin ne fait que nous ouvrir un horizon infini dans cette aspiration qui a tellement de sens pour nous, tant l'idée de proposer une autre façon de vivre, basée sur le droit de choisir son activité, ne peut que triompher un jour ou l'autre, si elle correspond aux désirs (parfois encore enfouis) d'une majorité d'humain-e!

Commentaires

Vous avez essayé, vous n'avez pas convaincu, ne soyez pas mauvais perdants, vous n'êtes pas meilleurs que les 80% de Suisses qui ont refusé le RBI.

Aussi, en français le masculin est générique, il n'est pas utile et peu lisible de féminiser chaque mot. Une femme est un humain au même titre qu'un homme.

Écrit par : Fabrice | 05/06/2016

A Fabrice j'ai envie de dire qu'il a le triomphe facile comme tous ceux qui ont peur du changement à tel point qu'ils préfèrent se réfugier sous un arbre par temps d'orage... et que la leçon de grammaire est déplacée !

Cela ne fait que commencer, certes j'aurais préféré un score un peu plus à même d'installer profondément le débat, mais pour une première, non seulement suisse mais mondiale (une votation sur un tel sujet), ce n'est pas un mauvais résultat ! A propos, non, il n'y a pas 80% de refus, hormis peut-être chez les hyper-conservateurs valaisans...

L'histoire a démontré maintes fois que la raison ne se trouve pas nécessairement du coté de la "majorité", sinon nous serions encore tous persuadés que la terre est plate et que l'ensemble du cosmos nous tourne autour, et les femmes ne voteraient toujours pas...

Un peu de sérieux, Messieurs les vainqueurs provisoires, votre modèle de société dans lequel les écarts entre super riches et classe moyenne ne cessant de se paupériser ne saurait survivre encore longtemps, le plein emploi est un concept sans doute valeureux mais qui devient non seulement impossible à réaliser et à offrir à tous, surtout, mais il fait partie de concepts bientôt surannés ! Ceux de concepts qui ont permis les excès de l'ultra-libéralisme débridé et dénué de la moindre valeur humaine !

L'humanité crée de la richesse, des plus-values technologiques, des avancées incroyables dans tous les domaines, au nom de quoi tout ceci ne pourrait pas être au service de l'humanité dans son ensemble plutôt que réservé à quelques-uns qui se roulent dans une richesse inutile en regardant des millions d'autres mourir de causes tellement évitables !

Alors profitez bien, Messieurs les vainqueurs provisoires et donneurs de leçons, votre monde égoïste et inhumain est finissant...

Je n'attendais pas de miracle de la part d'une nation de votants qui a mit un demi-siècle pour permettre aux mères, aux filles, aux épouses et au reste des femmes de voter; une nation qui a inscrit l'égalité des salaires dans la Constitution mais qui est incapable de la faire appliquer dans la vie réelle, sans doute parce que cela dérange "l'économie"... il est vrai que les directions et les conseils d'administrations sont encore remplis de vieilles gloires misogynes perclues d'égoïsme et ayant une vision du monde issue de l'ère colonialiste ! Un mode de pensée dont beaucoup sont fatigués !

Une nation de votants qui considère toujours et encore qu'un père n'est bon qu'à aller se crever la santé pour ramener un salaire plutôt que de participer à l'éducation de ses enfants, ou seulement de partager ses rires...

Non, je n'attendais pas de miracle, et n'en n'attends toujours pas ! Le RBI passera un jour c'est certain, et cela ne sera pas un miracle ! Cela se passera lorsque assez d'humains auront ouvert les yeux et sauront dire "non" à un modèle de société bien plus oppressant que libérateur !

Écrit par : Emmanuel | 05/06/2016

Peut-être ceux (ou celles) qui ont besoin de préciser qu'une femme est un humain ont-ils besoin de se rassurer eux (ou elles)-mêmes ou de se prouver quelque chose? Car pour ma part, qui suis femme, le fait d'utiliser le terme masculin comme une généralité est juste une question de grammaire et non d'humanité. Ca ne m'empêche pas d'être indépendante et de prendre ma place d'humain dans ma vie et dans la société.
Etre en faveur du rbi est également une question d'humanité, en tous cas pour ceux qui se battent réellement pour elle.
Par ailleurs on peut etre perdant avec fierté pour le combat qu'on a mené et en continuant à défendre ce en quoi on croit. Ceux (ou celles) qui en sont dérangés ne supportent ils pas la beauté de la lutte des perdants, qui peuvent être les réels gagnants de par leur force de vie et de foi en ce pour quoi ils combattent? Arrivent-ils eux-mêmes pas à etre profondément et humainement persuadés de la profonde justesse de leur propre combat? Les perdants ne se battent pas CONTRE les gagnants, ils se battent POUR l'humanité. A l'image des résistants pendant la première guerre mondiale, qui étaient momentanément perdants mais ont continué à se battre pour la liberté de l'Homme; et ils ont fini par gagner. Aujourdhui nous les remercions d'avoir lutté jusqu'au bout, même si d'autres les voyaient perdus d'avance.
Les véritables gagnants sont ceux qui respectent leur adversaire et sa lutte. Ces gagnants eux aussi savent qu'ils peuvent être un jour de l'autre côté.
Et puis finalement, heureusement que, de nos jours, même si on est perdant sur le moment, on a encore la liberté de s'exprimer.

Écrit par : Sarah | 06/06/2016

Pour le langage épicène, c'est comme pour le RBI, un jour nous en bénéficierons sans même nous en rendre compte.

Aujourd'hui, c'est encore choquant et la "norme", c'est toujours le masculin générique, et hégémonique. Pure masculinisme de la langue, un de plus.

Heureusement les mentalités changent, et bientôt l'Académie elle-même supprimera cette règle idiote et machiste du masculin générique.

Et bientôt le RBI vaincra !

Écrit par : Julien Cart | 06/06/2016

Il n'y a pas à intellectualiser. Il n'y a pas à pavoiser en tant que vainqueurs, car en réalité il n'y ni vainqueur ni perdant. Il y a simplement un train qui s'est mis en marche et rien ne pourra désormais le stopper. Ce train est en marche vers le changement car le changement est inéluctable. Et le RBI proposé est une idée purement géniale dont les effets apparaissent de manière évidente comme bénéfiques sur de multiples niveaux. L'enjeu ne se limite pas à la Suisse, il est mondial. Il en va d'un meilleur équilibre, d'une meilleure qualité de vie, d'une vision de vie plus respectueuse et plus solidaire, plus pacifiste, plus fraternelle... la liste est infinie. Le train a été lancé car il y a de plus en plus de gens éclairé(e)s en Suisse, comme partout sur la planète d'ailleurs. De plus en plus de gens qui en ont marre de se faire manipuler et vivre dans un système ou des valeurs de croissance et de bénéfices perpétuels effrénés priment. Le train ne s'arrêtera pas car le nombre de personnes éclairées grandit chaque jour, lentement certes, mais chaque jour il grandit. C'est comme ça. C'est plus fort que tout. C'est la force de la vie. Il n'y a donc aucune inquiétude à avoir. Juste à être centré chaque jour sur ce qui est profondément juste, à être confiant, et continuer à travailler tranquillement dans ce sens. Le changement va venir. En réalité il est déjà là. Un immense BRAVO à tous ceux qui ont activement travaillé jusqu'ici pour faire connaître l'idée du RBI, pour cette belle impulsion, pour y avoir cru et pour y croire encore.

Écrit par : Salvatore | 06/06/2016

"Il y a simplement un train qui s'est mis en marche et rien ne pourra désormais le stopper." Parce que dans votre tête, le modèle est occidental et seulement occidental. Mais vous travaillez à détruire ce modèle par toutes sortes de manières : en particulier par votre naïveté en matière d'immigration. Vous pensez que le langage épicène va aller de soi alors que vos femmes, vos filles et vos amies devront se voiler et seront considérées comme des objets inférieurs aux chiens par les gens que vous voulez généreusement laisser entrer en Occident et faire comme si c'était chez eux. C'est une contradiction énorme et vous refusez de la voir...

Écrit par : Géo | 06/06/2016

Demandez à vos femmes, vos amies et aux amies de vos amies si elles se sentent aussi en sécurité qu'il y a vingt, trente ans...

Écrit par : Géo | 06/06/2016

inénarrable Géo! qui, quel que soit le propos, arrive à tout ramener à ses obsessions... Hors sujet!!

Écrit par : jocelyn | 17/06/2016

Si vous ne voyez pas la relation entre "modèle occidental--> RBI" et destruction du modèle occidental par introduction de populations culturellement incompatibles, que peut-on pour vous ?

Écrit par : Géo | 17/06/2016

Les commentaires sont fermés.